A QUOI SERT LA MEDITATION

Quelle est la différence entre réfléchir et méditer ?
Réfléchir implique de penser à quelque chose, tandis que méditer consiste à être ouvert à tout ce qui se passe, aux sensations, aux pensées et aux émotions qui nous traversent. Nous ne nous occupons pas du contenu des expériences que nous traversons, nous n’essayons pas d’en tirer une conclusion, de les analyser, mais simplement nous faisons attention à leur manière d’être.
Par cet exercice nous découvrons que nous sommes souvent peu attentifs à ce qui nous arrive, vivant comme en pilotage automatique — et donc peu en rapport à notre propre vie.
Privés d’un rapport réel et vivant à ce que nous vivons, nous prenons bien souvent trop au sérieux les pensées et les émotions qui nous traversent. Pourtant, ce n’est pas nécessairement parce que vous ressentez de la colère que la personne en face de vous exagère ! Méditer permet d’établir un lien plus sain et plus juste à ce que nous vivons, moment après moment, jour après jour.

Pourquoi associe-t-on la méditation au « lâcher-prise » ?
Méditer consiste en effet à lâcher-prise de toute volonté de saisir ce que nous vivons  — en étiquetant nos pensées, en figeant nos émotions, en s’identifiant à ce qui nous arrive. Ainsi nous ratons un examen et nous en concluons « je suis nul », nous bredouillons en public, « je suis timide », elle me regarde, « je suis aimable ».
Pour faire pleinement l’expérience de ce qui est, tel qu’il est, nous devons abandonner nos idées reçues et nos préventions. Telle est précisément la ressource de l’attention : observer simplement ce qui est pour le laisser être. En ce sens, l’attention nue est un mouvement qui implique un lâcher-prise.

Je vis la méditation durant mes longues marches solitaires où mon mental semble en dormance. Puis-je considérer que je médite ?
Certes tout être humain a fait d’une manière plus ou moins nette l’expérience d’un état de méditation, c’est-à-dire d’un état de présence. Que ce soit en marchant dans la nature, en écoutant de la musique, en prenant sa douche, en mangeant un fruit mûr ou en étant auprès d’un être aimé.
Mais ce n’est pas l’essentiel. Méditer est d’abord un travail ardu pour se confronter à ce qui entrave la présence et non pas seulement pour la célébrer. Certes, la méditation nous met en rapport à ce sens d’unité et de paix, mais au premier chef parce qu’elle nous apprend à travailler avec les ombres.
Comme l’explique Chögyam Trungpa : « La méditation ne consiste pas à essayer d’atteindre l’extase, la félicité spirituelle ou la tranquillité, ni à tenter de s’améliorer. Elle consiste simplement à créer un espace où il est possible de déployer et défaire nos jeux névrotiques, nos auto-illusions, nos peurs et nos espoirs cachés. Nous produisons cet espace par le simple recours à la discipline consistant à ne rien faire. »  Faute d’une confrontation réelle à nos propres manques, à nos propres peurs, nous n’entrons pas dans la profondeur de la présence.
En ce sens la méditation n’est pas un état mais une pratique.

Pourquoi méditer est si difficile ?
La méditation est simple, mais comme tout ce qui est simple, elle demande un grand investissement personnel. Il faut beaucoup de travail pour trouver la simplicité. Un chanteur, un ébéniste, un sportif de haut niveau diraient probablement la même chose. Le simple se gagne en traversant ce qui l’obstrue. La difficulté propre à la méditation tient à ce qu’elle nous confronte à tout ce qui restreint notre vie. Elle fait apparaître en pleine lumière le cadre étroit où nous nous sommes enfermés, souvent sans même nous en rendre compte. Or nous préférerions que l’on nous réconforte, que l’on nous dise que tout ira bien, que nous allons obtenir tout ce que nous voulons et passer un bon moment. Or la méditation nous confronte à nos difficultés. Elle n’est en rien une sinécure. C’est paradoxalement pourquoi elle est si précieuse. Habituellement, face à cette angoisse de fond, à cette incertitude, nous cherchons à nous enfuir au loin : partir en vacances, regarder la télévision, « communiquer » avec « les autres ». La méditation est une attitude réaliste. Elle nous invite à ne pas rêver les yeux ouverts, à ne plus fuir nos difficultés. A prendre notre vie en main.

Peut-on ressentir des effets de la méditation dès la première séance, ou faut-il plusieurs mois ou années pour avoir un résultat ?
Dès la première séance, il se passe quelque chose. L’expérience est différente pour chacun mais vous vous posez. Vous vous sentez respirer. Vous découvrez un sens de présence qui ne dépend d’aucune circonstance extérieure pour se manifester. Vous savez, pour pratiquer comme il faut, il suffit de le faire tel que vous êtes. Si vous êtes en pleine forme ou déprimé, triste ou joyeux, plein de doutes ou de peurs, malade ou en bonne santé, amoureux ou le cœur brisé, alors vous êtes dans la situation idéale pour pratiquer. Méditer n’est pas réussir quelque chose, mais simplement s’ouvrir à ce que nous sommes, être attentif à ce qui est.

Alors la méditation, ça ne sert à rien ?
Absolument. La méditation ne sert à rien. Ou si je voulais être plus précis, je devrais dire que la finalité de la méditation est d’être une finalité sans aucune fin représentable. C’est son seul intérêt. C’est pourquoi vous ne pouvez ni la réussir ni la rater. N’est-ce pas un profond soulagement ?
Il y a suffisamment de choses dans la vie qu’il faut à tout prix réussir, pour lesquelles il faut ajuster des moyens en vue de fins déterminées…Mesurer ses efforts pour accomplir telle ou telle tâche, réussir tel examen ou telle présentation en public. Là vous avez le droit de vous poser, d’être tel que vous êtes. C’est un geste d’une bienveillance radicale.
Imaginer que la méditation sera réussie parce qu’on aura atteint un état de paix parfait est une impasse. A la première contrariété de la vie, on sera fâché de perdre cette paix si difficilement atteinte. On va ainsi renforcer le sentiment de lutte et de séparation. Quelle souffrance ! C’est uniquement en abandonnant l’idée d’utiliser la méditation qu’on lui permettra de transformer notre existence pour de bon. Nous pourrons ainsi découvrir qu’il y a autre chose au-delà de « moi-moi-moi et mes problèmes ».

La méditation n’est-elle pas la recherche de la fameuse paix intérieure ?
Rechercher la paix intérieure est un piège redoutable. Dès qu’on l’évoque, on ne va pas manquer de la fabriquer. Je connais plein de gens intoxiqués à la paix intérieure. Ils essaient de rester paisibles parce qu’ils ont peur des défis. Ils ont peur de la vie. Ils sont déprimés ou tristes : alors ils respirent pour rester « zen ». Une émotion les submerge : vite un peu de « méditation » !
Leur pratique vise à les calmer ! C’est un peu dérisoire, non ?
Quand vous regardez la vie des grands pratiquants de la tradition bouddhiste, mais aussi celle des saints, des artistes, de tous ceux qui sont en rapport à cette pleine présence, les défis qu’ils rencontrent ne sont pas amoindris par leur pratique, mais ils sont au contraire de plus en plus vifs, difficiles même. Ce n’est que dans la propagande spirituelle vendue comme un produit commercial qu’on parle de paix intérieure.
Comme l’écrit Rimbaud : « Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille des hommes. » Tous les pratiquants qui sont entrés pour de bon dans le chemin le disent. Il faut cesser de rêver. La méditation est un combat sain et positif qui consiste à travailler avec la peur et l’angoisse. Elle n’est pas une partie de plaisir, une façon de se détendre. Un produit concurrent aux productions de Walt Disney.
La méditation tranche le brouillard, aussi bien celui de l’esprit que celui du cœur.
Il est tout à fait possible de pratiquer seul chez soi.
Du reste, la Voie du Bouddha, dans sa perspective la plus subtile et profonde, ne vise pas à établir une sorte de manuel ou de catéchisme nous donnant des réponses à toutes nos questions. Elle nous invite à regarder au-delà de toutes les réponses que nous avons, à nous rencontrer d’une façon directe, sans peur.

A méditer……

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